Situé dans l'une des plus jolies îles de la Seine, autrefois
appelée l'île des Ravageurs, célèbre par des drames, des crimes mystérieux, des
duels d'apaches dont les romans d'Eugène Sue perpétuent la légende, le Cimetière
pour chiens et autres animaux domestiques élève son magnifique portail dû à l'architecte
Eugène Petit, sur le pont même de Clichy, à l'entrée d'Asnières, à quelques minutes
de Paris. Cette création s'imposait; non seulement elle a permis aux amis des
bêtes d'assurer le dernier repos de l'animal fidèle qu'ils ont aimé, elle a aussi
rendu pour l'hygiène et la salubrité de Paris et de ses environs, un service qui
n'est pas niable. Quelque invraisemblable que soit la chose, il n'existait à Paris,
avant la création du Cimetière des chiens, aucun moyen pratique de se débarrasser
d'un animal mort. On ne pouvait, pour rester dans la légalité, qu'envoyer son
cadavre à l'équarrisseur. Des personnes auxquelles cet acte répugnait et
qui ignoraient la loi, confiaient les cadavres de leurs animaux aux enleveurs
d'ordures ménagères, encourant ainsi une forte amende. Les boueux, n'ayant pas
le droit, de déposer avec les gadoues les animaux morts, s'en débarrassaient en
les jetant dans la Seine ou dans les fossés des fortifications où ils se décomposaient,
corrompant l'eau, empestant l'air et nécessitant à la ville de Paris des frais
de repêchage et d'enlèvement inscrits annuellement au budget municipal pour une
somme de 6 à 8000 francs. Le cimetière des animaux domestiques n'est donc pas
seulement une belle œuvre au point de vue sentimental, c'est encore une œuvre
d'un intérêt considérable pour la santé publique. Des esprits grincheux, des gens
au cœur sec, des " mécontents de tout " ont essayé de railler, au début, la création
d'un cimetière pour les animaux. La réponse à leurs critiques ne s'est pas fait
attendre. A l'heure actuelle plus de 18.000 personnes ont fait enfouir des animaux
au cimetière des chiens et elles n'ont pas craint de dire pourquoi elles considéraient
cela comme un devoir. Sur les humbles piquets de bois comme sur les pierres les
plus luxueuses sont gravés des témoignages d'affection, surtout de reconnaissance,
et ces témoignages émanent pour la plupart de personnalités en compagnie desquelles
il ne peut être que très flatteur d'être critiqué. Des écrivains renommés, des
hommes politiques de haute valeur et d'opinions différentes, des artistes appréciés,
des sociologues, qu'il est impossible de taxer de niaise sensiblerie, possèdent
des terrains au cimetière d'Asnières où des animaux célèbres voisinent avec des
animaux de... célébrités.
Une Curiosité. Le Cimetière
des Chiens d'Asnières. M. L. Durfalc. Vers 1910.