Les Chiens de porcelaine, ou Chiens
Franc-Comtois.
A la fin du siècle dernier on faisait grand cas, dans
l'est de la France, de chiens courants de petite taille, à poil
ras, blancs et orange, à tête fine, à oreilles moyennement
longues et bien tournées, criant bien et sachant parfaitement
se débrouiller. Le marquis de Foudras a rendu célèbre un petit équipage
de ces chiens amené à Versailles, par Ie comte de Choiseul et
qu'on nommait, chiens de porcelaine, chiens de Lunéville.
Cette race a été conservée un peu près pure depuis Ie siècle
dernier, voici comment :
Le dernier abbé de Luxeuil, M. de Clermont-Tonnerre, qui la conservait
précieusement, donna un couple de ces chiens à son médecin, Ie
docteur Coillot, de Montbozon, en reconnaissance de soins médicaux qu'il
lui avait prodigués. Le fils du docteur Coillot, n'étant pas chasseur,
les chiens de son père, passèrent à M. D... qui, lorsqu'il se
défitde son équipage, en rendit une paire au petit-fils du docteur Goillot,
médecin et chasseur comme son aïeul et qui mit son honneur à
reconstituer une meute de purs Franc-Comtois. Conservant précieusemsnt
la paire qui venait de son grand-père et leurs produits, mais craignant
que la consanguinité ne fit baisser la taille de ses chiens et diminuer
leur vigueur, il envoyait faire couvrir ses lices soit chez M. Micaud,
soit chez M. Ie docteur Monnot de Besangon, soit chez M. MertiaL, à
Rang, (forêt de Chaux), qui possédaient des équipages de la même race,
originaires de l'Abbaye de Cluny. M. Micaud avait infusé dans son chenil
un peu de sang d'Artois et Normand, mais les chiens de MM. Monnot et
Mertial étaient purs Franc-Gomtois ; ils étaient plus tenaces et moins
faciles à créancer que ceux de M. Micaud.
Tous ces équipages ont disparu et M. Coillot seul à conservé
Ie sien. Alors, réduit a ses seules forces, il a été obligé,
depuis 1878, d'infuser quelque fois dans sa meute un peu de sang étranger.
|
|
Il a essayé d'abord du Harrier. M. Ie comte d'Oülamson,
de Lunéville, lui avait fourni deux lices, très bonnes, qui furent
couvertes par un de ces étalons de pur sang franc-comtois, et
il partagea les produits, avec Ie propriétaire des lices; mais ces produits
furent difficile a élever et succombèrent presque tous. Une charmante
chienne fut cependant sauvée et figurait dans Ie lot exposé par M. Ie
docteur Coillot, aux Tuileries, en 1884. Elle était très bonne
et d'un train un peu plus vite que les purs sang franc-comtois mais
elle manquait malheureusement de gorge. Elle a fourni des trois-quarts
sang avec un flls de Tamino pur sang comtois dont elle était la soeur
de père. Ses produits sont rentrés a peu près complètement dans Ie type,
surtout Cybèle qui figurait dans la meute exposée en 1889. Dans cette
meute figuraient aussi deux produits de la même Cybèle, par Floribo
autre pur sang franc-comtois ; mais chez ceux-ci Ie type Harrier est
plus rappelé. M. Ie docteur Coillot a aussi essayé du sang de Gascon
Saintongeois avec l'aide de Monarque II, cédé par M. Jean Kiener, qui
Ie tenait de M. Ie comte E de Vezins ; mais les produits, admirablement
gorgés, étaient un peu ficelles.
Enfin, ayant retrouvé chez Ie docteur Guerdavid, un beau chien de porcelaine
du nom de Cartouche qui, selou toute apparence, provenait de la meute
disloquée du docteur Monnot, de Besangon, M. Ie docteur Coillot a pu
rafraichir Ie sang de sa meute dans la race même. Le dit Cartouche avec
une de ses plus belles chiennes, Clio, lui a donné des produits splendides.
|

Chiens Francs-Comtois faisant partie de la meute du Dr Coillot, exposée
à Paris en 1889. D'après un dessin de M. M. P. Malher
|
|
La meute du docteur Coillot a été très admirée
en 1889 et aux autres expositions canines des Tuileries; nous donnons
Ie dessin de deux chiens de cette meute, d'après une tres bonne photographie
communiquée par leur maitre.
Pour terminer cette notice sur les chiens courants franc-comtois, ou
chiens de porcelaine, voici l'appréciation qu'en donne M. Ie comte Le
Couteulx de Canteleux, dans son dernier livre, Ie Manuel de vénerie
francaise : « De petite taille (Om54 a Om60), poil blanc, fin et ras,
taches orangées, tète fine et rappelant celle d'un joli chien de Vendée,
oreilles fines, pas trop longues et bien tournées, membres légers,
queue droite, fine et bien portée, très belle gorge de
hurleur, nez tres fin; ces chiens sont assez faciles à mener
et se créancent assez bien. Assez ardents à la chasse, mais cependant
sans être trop ambitieux ou trop emportés, ils ne manquent pas de pied,
et comme ils ont un nez exquis pour lequel il n'y a guère de mauvais
temps, et que d'ailleurs ils aiment peu la voie du renard, ces charmants
chiens, vrais specimens de chiens de lièvre, méritent d'être spécialement
choisis, comme Ie chien d'Artois, pour en former des meutes. Ils aiment
aussi beaucoup la voie du chevreuil.
Le Chien et ses Races. Pierre Mégnin. 1897
|